Le Fil de Lernea numéro 6 : un pair accompagne un coordinateur pédagogique, relié à un formateur par une boucle observation, retour, nouvel essai, devant un tableau qui montre une progression.

Le Fil de Lernea · Numéro 6 ·

Le coordinateur pédagogique, maillon oublié de la formation de formateurs

Dans le numéro 1, je défendais une idée simple : savoir faire et savoir transmettre sont deux compétences distinctes, et la seconde s’apprend. J’ajoute une précision : la formation de formateurs ne s’improvise pas. Elle doit s’adosser à un véritable dispositif d’intégration des nouveaux arrivants, et ce dispositif doit s’inscrire dans l’AFEST (action de formation en situation de travail) : apprendre le métier de formateur en situation de travail, en alternant mises en situation et séquences réflexives. Reste une question que le numéro 1 laissait ouverte : qui, au quotidien, fait vivre ce dispositif et fait progresser les formateurs ?

Dans la plupart des structures, la réponse porte un titre variable : coordinateur pédagogique, référent, responsable de filière ou de pôle. Et l’histoire de ce poste ressemble beaucoup à celle du formateur. On a recruté le meilleur professionnel pour en faire un formateur ; on promeut le meilleur formateur pour en faire un coordinateur. Il savait former. On suppose qu’il saura faire progresser ceux qui forment.

C’est pourtant une troisième compétence, distincte des deux autres : observer une séance sans la juger, formuler un retour qu’un pair peut entendre, choisir un seul axe de progrès plutôt que dix. Rien de cela ne vient avec l’ancienneté.

S’y ajoute un problème d’agenda. Plannings, remplacements, examens, audits : le coordinateur absorbe tout ce que l’organisation ne sait pas où ranger. L’accompagnement pédagogique, qui ne déclenche aucune alerte quand il disparaît, devient la variable d’ajustement.

Or c’est précisément lui qui fait la différence. Une journée de formation de formateurs donne des repères ; elle change rarement une pratique. Ce qui change une pratique, c’est observer, revenir, ajuster, sur le terrain et dans la durée. Ce travail ne peut être fait que par quelqu’un de proche. Autrement dit : par le coordinateur pédagogique.

Le nouveau cadre Qualiopi, en vigueur depuis le 1er novembre, va dans le même sens : au-delà de huit intervenants sur une formation, un référent pédagogique devient obligatoire. Le rôle existe désormais dans l’audit. Reste à s’assurer qu’il existe dans les faits.

On investit dans la formation des formateurs. On oublie d’outiller celui qui doit la faire vivre le lundi matin.


Le meilleur vendeur ne fait pas le meilleur manager

Des chercheurs américains ont suivi près de 40 000 commerciaux dans 131 entreprises. Le constat est simple : on promeut les meilleurs vendeurs, et ils deviennent souvent de moins bons managers que d’autres. Ceux qui réussissent le mieux une fois promus sont ceux qui savaient déjà travailler en équipe, mais ce ne sont pas eux qu’on choisit. Remplacez « vendeur » par « formateur » : le scénario vous dira sans doute quelque chose.

Benson, Li et Shue, « Promotions and the Peter Principle », Quarterly Journal of Economics, 2019.

Être observé et recevoir un retour : ce qui fait vraiment progresser

Une synthèse de 60 études sur les enseignants est sans ambiguïté : être observé régulièrement par un pair expérimenté, puis recevoir un retour ciblé, change réellement les pratiques, et les apprenants en bénéficient. Deux enseignements utiles pour vous. Cela fonctionne mieux au plus près des équipes que dans les grands programmes déployés d’en haut. Et ce n’est pas le nombre d’heures qui compte, mais la qualité du retour.

Kraft, Blazar et Hogan, « The Effect of Teacher Coaching on Instruction and Achievement », Review of Educational Research, 2018.


Arrêté du 28 octobre : la coordination pédagogique entre dans l’audit

Publié au Journal officiel du 1er novembre, l’arrêté du 28 octobre 2026 fixe les nouvelles règles d’audit Qualiopi, au moment où le référentiel à 33 indicateurs entre en vigueur. Cinq points touchent directement le sujet de ce numéro.

Un référent pédagogique obligatoire. Au-delà de huit intervenants sur une même formation, un référent pédagogique doit en assurer la coordination (indicateur 19). Le coordinateur n’est plus un choix d’organisation : c’est une exigence auditable.

La formation des équipes à la pédagogie. Le guide de lecture V10 attend, à l’indicateur 22, une formation des équipes, notamment à la pédagogie. Des attestations archivées ne suffiront pas à démontrer une politique de professionnalisation.

Une séance peut être observée. À l’indicateur 17, l’auditeur peut visiter une session de son choix, ou demander un accès observateur pour la formation à distance. Un formateur qui n’a jamais été observé par son coordinateur le sera peut-être d’abord par l’auditeur.

Un audit sans consultant. Seuls le dirigeant et des salariés permanents mandatés peuvent participer à l’audit. Le système qualité doit être porté par les équipes internes, pas récité.

Pour les CFA, deux exigences de plus. L’indicateur 33, propre aux CFA, impose un dispositif d’évaluation des contenus et des enseignements par les apprenants, qui nourrit l’amélioration continue : c’est au coordinateur de transformer ces retours en échanges utiles avec chaque formateur. Et lorsque moins de 50 % des heures sont assurées par des intervenants permanents, une supervision pédagogique renforcée est exigée (indicateur 20).

Calendrier. Jusqu’au 31 décembre 2026, les organismes déjà certifiés ou dont l’audit initial était programmé avant le 1er novembre peuvent encore être audités selon les anciennes modalités. À partir du 1er janvier 2027, tous les audits relèvent du nouveau cadre.


Quatre gestes pour outiller vos coordinateurs pédagogiques

1. Protégez un temps d’accompagnement. Un créneau hebdomadaire inscrit dans la fiche de poste, pas « quand le planning le permet ». Ce qui n’est pas planifié finit toujours par être sacrifié.

2. Séparez accompagner et évaluer. L’entretien annuel juge ; l’accompagnement fait progresser. Si la même personne porte les deux, distinguez clairement les temps. Sinon, le formateur montrera sa meilleure séance, jamais ses difficultés.

3. Faites-en le référent AFEST du dispositif. Le parcours d’intégration des nouveaux formateurs a besoin d’un pilote, et c’est le coordinateur. Donnez-lui un cycle court plutôt qu’un référentiel : vingt minutes d’observation, un retour sous 48 heures conduit comme une séquence réflexive, un seul axe de travail, puis un nouvel essai observé trois à quatre semaines plus tard. Observation, retour, nouvel essai : c’est déjà une boucle AFEST, appliquée au métier de formateur. La focalisation compte plus que le volume.

4. Faites-le accompagner à son tour. Un binôme avec un coordinateur d’une autre filière, ou un temps mensuel d’analyse de pratique entre pairs. Celui qui accompagne a besoin d’un lieu où parler de ses propres difficultés.

Former ses formateurs sans outiller ceux qui les accompagnent, c’est former des gens que personne ne suivra ensuite.

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