L’édito
L’hybridation a déjà eu lieu. Sans nous.
En juillet 2020, l’État finançait 34 projets dans le cadre de l’appel à projets « Hybridation des formations d’enseignement supérieur ». Ingénieurs pédagogiques recrutés, communautés de pratique, parcours scénarisés : l’ambition était réelle. Dès le colloque national de 2023, une question restait pourtant ouverte : que deviendraient ces postes une fois les financements épuisés ?
Six ans plus tard, la réponse est arrivée par deux côtés. Les étudiants ont hybridé leurs études eux-mêmes, avec un assistant disponible en permanence. Et les établissements, sous contrainte budgétaire, n’ont plus les moyens d’en faire un projet pédagogique.
Une hybridation a donc bien eu lieu. Mais personne ne l’a conçue : ni scénario, ni progression, ni évaluation pensée pour elle. Elle ne se joue plus entre l’amphi et la plateforme, mais entre l’étudiant et son IA.
Hybrider en 2026, ce n’est plus répartir des heures entre présentiel et distanciel. C’est décider ce que l’étudiant fait avec l’IA, et ce qu’il doit savoir faire sans elle.
La veille utile
Les étudiants ont hybridé seuls
D’après l’Observatoire Ipsos pour l’EPITA (1 000 étudiants, janvier 2026), 94 % des étudiants ont déjà utilisé l’IA générative et 48 % s’en servent chaque jour, d’abord pour comprendre une notion difficile (56 %) et préparer leurs examens (51 %). Près d’un sur deux (47 %) dit avoir du mal à étudier sans elle, et 81 % chez les élèves ingénieurs.
Encadrée par la règle, pas par la pédagogie
Les trois quarts des étudiants ont reçu des consignes d’« usage responsable ». Seuls 37 % ont pratiqué ces outils dans le cadre d’un cours. On a écrit des chartes ; on a rarement conçu des séquences.
Le distanciel, variable d’ajustement ?
Pour 2026, la quasi-totalité des universités ont voté un budget en déficit, et le taux d’encadrement est passé de 5,05 à 4,40 enseignants pour 100 étudiants entre 2012 et 2022. Le risque est clair : un distanciel qui ne serait plus un choix pédagogique, mais une économie. Moins de TD, plus de capsules, et l’étudiant seul face à ses contenus… et à son IA.
Le chiffre à retenir
51 % des parcours tutorés dépassent 80 % de complétion, contre 5 % des parcours sans tutorat (Baromètre ISTF 2026). Ce qui fait tenir un dispositif hybride, ce n’est pas la plateforme, c’est l’humain qui accompagne.
À lire
Ainoa (ex-FFFOD) a publié en janvier « La formation multimodale en pratique », huit portraits d’apprenants qui remettent en cause l’idée que le distanciel isole forcément, et six indicateurs d’impact qui vont au-delà de la conformité réglementaire.
La méthode
1er novembre : le distanciel entre dans l’audit Qualiopi
Le décret n° 2026-728 modifie l’indicateur 19 : pour les modules réalisés à distance, le prestataire devra vérifier « l’effectivité de leur suivi par les apprenants ». Les écoles certifiées pour leurs formations en apprentissage sont directement concernées. Quatre points à vérifier.
L’indicateur 19 peut produire deux choses : une hybridation de la trace, faite de temps de connexion et de taux de complétion, ou une hybridation du suivi, où l’on sait dire ce que l’apprenant a réellement appris. Le texte laisse le choix. C’est à chaque organisme de le faire.